Le charisme ne s’apprend pas. L’exemplarité, si.

Leadership exemplaire : les 5 pratiques de Kouzes et Posner, et pourquoi le charisme n'en fait pas partie

On imagine volontiers le leader inspirant en orateur né. Quarante ans de recherche disent autre chose : ce qui donne envie de suivre un manager, ce sont des comportements répétés, observables, et donc apprenables.

Thème

Leadership et posture managériale

Lecture

8 minutes

Pour qui

Managers, dirigeants, DRH

Le leadership exemplaire désigne la capacité d’un manager à entraîner les autres par la cohérence de ses comportements quotidiens : ce qu’il fait, et pas seulement ce qu’il dit. Le modèle de référence est The Leadership Challenge, de James Kouzes et Barry Posner, dont la 7e édition est parue en 2023 chez Wiley. Il décrit cinq pratiques, toutes observables. Le charisme n’en fait pas partie.

C’est une bonne nouvelle pour les managers qui ne se reconnaissent pas dans l’image du leader tribun : ce qui compte se travaille.

D’où vient le modèle des 5 pratiques

Au début des années 1980, Kouzes et Posner ont demandé à des managers de raconter leur meilleure expérience personnelle de leadership. En analysant ces récits, ils ont retrouvé les mêmes comportements, quels que soient le secteur, le niveau hiérarchique ou le pays. Ils les ont regroupés en cinq pratiques et ont construit un outil pour les mesurer, le Leadership Practices Inventory (LPI).

Selon les auteurs, le LPI a recueilli plus de huit millions de réponses en quarante ans et a fait l’objet de plus de 750 études indépendantes (The Leadership Challenge, données de l’éditeur).

Les 5 pratiques du leadership exemplaire

1. Montrer la voie

Clarifier ses valeurs, puis s’y tenir. C’est la pratique qui fonde les quatre autres : sans cohérence entre le discours et les actes, rien ne tient.

  • Dire clairement ce que l’on attend de l’équipe, et se l’appliquer en premier.
  • Demander régulièrement un retour sur l’écart entre ce que l’on dit et ce que l’on fait.

2. Inspirer une vision partagée

Donner à voir un futur désirable, et le construire avec l’équipe plutôt que le lui annoncer.

  • Décrire en termes concrets ce que l’équipe fera différemment dans trois ans.
  • Partir des aspirations de chacun : une vision que personne n’a aidé à construire n’est partagée par personne.

« Personne ne suit un plan d’action. On suit quelqu’un qui fait ce qu’il dit. »

3. Remettre en question le processus

Chercher en permanence comment faire mieux, sans épuiser l’équipe avec des changements trop lourds.

  • Demander régulièrement : « qu’est-ce qui nous ralentit ? », et supprimer au moins un irritant.
  • Découper un changement en étapes courtes et célébrer chacune : la dynamique des petites victoires.

4. Permettre aux autres d’agir

Créer la confiance, développer l’autonomie, donner les moyens. C’est la pratique la plus souvent contredite dans les faits.

  • Déléguer une vraie décision, pas seulement une tâche.
  • Renoncer au micro-management : contrôler chaque étape dit à l’autre qu’on ne lui fait pas confiance, quoi qu’on affirme par ailleurs.

5. Encourager le cœur

Reconnaître les contributions et célébrer les réussites. Accomplir des choses difficiles use ; la reconnaissance entretient l’énergie.

  • Remercier pour une contribution précise, nommée, rapidement après les faits.
  • Célébrer en équipe les réussites individuelles, pas seulement les résultats collectifs.

Mesurer sa pratique plutôt que la supposer

La plupart des managers surestiment leur exemplarité, pour une raison simple : ils connaissent leurs intentions, leurs équipes ne voient que leurs actes. Le LPI croise une auto-évaluation et l’évaluation de l’entourage sur trente comportements, six par pratique. L’écart entre les deux regards est le meilleur point de départ d’un plan de progrès.

Le piège : confondre exemplarité et perfection

Être exemplaire ne veut pas dire ne jamais se tromper. La troisième pratique demande précisément d’accepter l’erreur, la sienne et celle des autres. Un manager qui reconnaît publiquement une erreur et ce qu’il en a appris montre la voie bien plus sûrement qu’un manager qui ne se trompe jamais en apparence.

Sur le terrain

Chez OP Mobility (ex-Plastic Omnium), sur le site de Compiègne, la question posée par la DRH était : « Comment faire en sorte que nos managers aient réellement envie de manager ? » La réponse n’est pas passée par un discours sur le leadership, mais par un dispositif où les managers ont défini eux-mêmes le contenu de leur programme. Lire l’étude de cas OP Mobility.

Pour aller plus loin : l’exemplarité nourrit l’engagement, sujet de notre article sur l’engagement durable et l’absentéisme, et elle conditionne l’inclusion au quotidien, traitée dans notre article sur la diversité cognitive.

Questions fréquentes sur le leadership exemplaire

Le leadership exemplaire désigne la capacité d’un manager à entraîner son équipe par la cohérence de ses comportements quotidiens. Il repose sur ce que le manager fait, et non sur son charisme ou sa position hiérarchique.

Dans The Leadership Challenge, James Kouzes et Barry Posner décrivent cinq pratiques : montrer la voie, inspirer une vision partagée, remettre en question le processus, permettre aux autres d’agir et encourager le cœur. La 7e édition de l’ouvrage est parue en 2023.

Oui. Les cinq pratiques sont des comportements observables, pas des traits de personnalité : elles se mesurent, se travaillent et progressent avec l’entraînement et le retour de l’entourage. C’est tout l’intérêt du modèle de Kouzes et Posner.

En croisant son propre regard avec celui de son équipe, de ses pairs et de sa hiérarchie. Le Leadership Practices Inventory (LPI) de Kouzes et Posner évalue ainsi trente comportements, six par pratique. L’écart entre l’auto-évaluation et l’évaluation des autres indique où concentrer ses efforts.